Comment parler de santé mentale à la maison, au travail et en famille

Comment parler de santé mentale à la maison, au travail et en famille

Plus d’un milliard de personnes vivent avec une problématique de santé mentale – et cela sans compter toutes celles qui viennent de traverser une semaine difficile, une période compliquée ou un moment où se lever du lit semblait déjà être un effort immense.

La plupart d’entre nous sont passées par là. Mais peu savent vraiment comment en parler.

Quand des chercheur·euses ont interrogé des personnes concernées par des troubles de santé mentale dans 45 pays sur leur vécu, huit sur dix ont déclaré que le regard des autres, la stigmatisation et la discrimination faisaient plus de mal que la difficulté elle‑même. La solution la plus efficace est aussi la plus simple : parler. Des conversations sincères entre celles et ceux qui vivent ces réalités et celles et ceux qui ne les connaissent pas.

C’est de cela qu’il s’agit ici. Comment parler de votre propre santé mentale, comment être présent·e pour une personne qui vous inquiète, et comment avoir ce type d’échanges avec vos enfants ou vos collègues.

Points clés à retenir

  • La stigmatisation et la discrimination peuvent être plus lourdes à porter que la difficulté elle‑même. C’est pourquoi beaucoup préfèrent garder le silence.
  • Avant toute discussion autour de la santé mentale, sachez ce que vous attendez de la conversation : du soutien, un conseil ou simplement une oreille attentive.
  • Les enfants qui grandissent dans un foyer où on parle de santé mentale ont plus de facilité à demander de l’aide lorsqu’ils en ont besoin.
  • Une réaction négative d’un·e ami·e ou d’un membre de la famille en dit souvent plus sur leur propre inconfort que sur votre vécu.

Pourquoi il n’est pas simple de parler santé mentale

Garder le silence sur la santé mentale n’est presque jamais un vrai choix. Les personnes concernées par des difficultés psychiques sont encore accusées d’être responsables de leurs difficultés, jugées exagérées, ou perçues comme instables. Le simple fait de le savoir change ce que vous osez partager – même avec des personnes en qui vous avez confiance.

Au travail, cela peut devenir encore plus complexe. Parler ouvertement de sa santé mentale au travail peut sembler mettre sa carrière en danger. Alors beaucoup préfèrent gérer cela en privé, parfois pendant des années, car être perçu·e comme peu fiable fait souvent plus de mal que d’affronter les difficultés seul·e.

Les chercheur·euses évoquent aussi ce que l’on appelle l’auto‑stigmatisation. Quand on a entendu assez de messages négatifs sur la santé mentale, on finit par les intégrer à son sujet. Peu à peu, cela éteint l’idée même qu’il vaut la peine de chercher du soutien.

Et puis, il existe la barrière la plus simple de toutes. Peu de personnes ont appris comment avoir ce genre de conversation. Les mots ne viennent pas spontanément, puisque personne n’a jamais montré comment faire.

 

Comment parler de votre santé mentale

Le plus difficile, c’est bien souvent de se lancer. Une fois que vous décidez d’en parler, quelques repères rendent la discussion plus simple :

  • Choisissez avec soin à qui en parler : tout le monde ne réagira pas de la même façon. Pensez à celles et ceux qui ont déjà su écouter sans juger et à qui vous pouvez confier ce que vous vivez en toute confiance.
  • Pensez au moment choisi : Privilégiez un moment où la personne est disponible, et non quand elle est pressée ou préoccupée.
  • Définissez ce que vous attendez de la conversation : Cherchez‑vous un soutien, un conseil, ou souhaitez‑vous simplement que quelqu’un vous écoute ? Dire clairement cela dès le début aide tout le monde à se situer.
  • Soyez précis·e sur ce que vous traversez : « Depuis quelques semaines, j’ai vraiment du mal à traverser mes journées » n’a pas le même impact que « J’ai du mal en ce moment. »

Si vous ne savez pas trop comment aborder la conversation, parlez‑en d’abord à votre médecin traitant ou à une personne de confiance. Elle pourra vous aider à trouver les mots justes, à identifier à qui en parler et à mesurer ce que vous voulez partager. Parfois, l’aide d’un·e professionnel·le pour mettre des mots sur votre vécu facilite tout le reste.

Parler de santé mentale au travail

Exprimer son anxiété au travail est très différent d’en parler dans la sphère personnelle. Votre employeur a un impact sur votre parcours professionnel, ce qui influence ce que vous choisissez de partager et la manière dont vous le faites.

La bonne nouvelle, c’est que de plus en plus d’entreprises reconnaissent que la santé mentale influence la façon de travailler. 90 % des. employeurs proposaient une couverture pour la santé mentale en 2024, contre 84 % en 2019, et 77 % signalent une augmentation des besoins en soutien psychologique dans leurs équipes. Nombreux sont ceux qui essaient activement de créer un espace pour cela. Voici deux conseils pour vous préparer :

  • Identifiez précisément vos besoins : Est‑ce de la flexibilité, un temps de pause ou une évolution de vos responsabilités ? Savoir quel résultat concret vous espérez facilite la discussion pour toutes les parties.
  • Pensez à la personne à qui vous vous adressez : Est‑ce un manager direct, le service des ressources humaines ou un·e collègue bienveillant·e ? Chaque situation implique des risques et des conséquences différentes.

Vous n’êtes pas obligé·e de révéler un diagnostic. Vous pouvez expliquer ce que vous ressentez et ce qui vous aiderait, sans y apposer d’étiquette.

 

Comment entamer la discussion sur la santé mentale avec

Remarquer qu’une personne qui vous est chère traverse une période difficile et aborder le sujet sont deux choses distinctes. Beaucoup hésitent par peur d’être maladroits ou d’aller trop loin. Dans bien des cas, une approche douce et respectueuse vaut mieux que de rester silencieux.

Avant de parler, prenez un temps pour réfléchir à ce que vous avez observé. Vous pouvez commencer par :

✅ « J’ai remarqué que vous sembliez plus réservé·e que d’habitude. » vs. ❌ « Je pense que vous êtes déprimé·e. »

Et lorsqu’elle s’exprime, ne cherchez pas immédiatement à proposer des solutions. Demandez-lui comment vous pouvez l’aider, au lieu de chercher à deviner ce dont elle a besoin. Parfois, certains attendent des conseils. Le plus souvent, il s’agit surtout d’écouter, et d’être là. Reprenez des nouvelles après l’échange. Un seul échange ne suffit pas. Les personnes retiennent qui a vraiment pris le temps de revenir vers elles.

 

 

Dans certaines cultures, la santé mentale est appréhendée à travers un prisme spirituel, collectif ou corporel, plutôt que clinique. Ce qu’un·e professionnel·le de santé considère comme de la dépression en Europe pourra être décrit tout autrement dans un autre contexte culturel.

Cela invite à commencer l’échange autrement :

  • Demandez ce que la personne ressent et ce qui lui semble pesant récemment avant d’évoquer une perspective clinique.
  • Si elle décrit son vécu en termes spirituels ou corporels, accueillez ses mots sans les corriger.
  • Ne présumez pas qu’une prise en charge ou des médicaments soient la suite évidente à donner. Demandez-lui plutôt à quoi ressemblait, pour elle, le soutien qui lui a déjà été utile par le passé.
  • Si la langue est une barrière, essayez de trouver un·e professionnel·le de santé mentale qui parle la même langue ou partage la même culture.
  • Concentrez‑vous d’abord sur le quotidien, plutôt que sur le diagnostic. « Comment cela influence votre vie de tous les jours ? » est souvent mieux accueilli que « Pensez-vous avoir de l’anxiété ? »

 

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Conseils pour aborder la santé mentale avec les enfants

Les enfants qui entendent parler de santé mentale à la maison l’intègrent de manière aussi naturelle que la santé physique. Cela devient normal : il n’y a rien à cacher ni à en avoir honte.

Voici quelques pratiques qui facilitent ces échanges :

  • En parler tôt et simplement : Nul besoin d’un rendez‑vous formel. Prendre des nouvelles de l’état émotionnel de votre enfant peut se faire dans la voiture, à table ou avant de dormir. Plus ça devient naturel, moins l’échange semble difficile ou pesant.
  • Adaptez votre langage à leur âge : Un enfant de cinq ans peut dire s’iel se sent « fâché·e » ou « triste ». Un·e adolescent·e pourra parler d’anxiété ou de stress. Employez des mots qui leur parlent et adaptez-vous à leur compréhension.
  • Portez attention à votre ton et à votre langage corporel : Les enfants sont très sensibles à l’ambiance. Si vous semblez anxieux·se ou mal à l’aise, ils·elles le ressentiront aussi. Restez calme, regardez-les et laissez‑leur le temps de répondre.
  • Posez des questions ouvertes : « Comment te sens‑tu ? » donnera souvent une réponse brève. « Qu’est‑ce qui te préoccupe en ce moment ? » ou « Quel a été le moment le plus difficile de ta semaine ? » invitent à un vrai dialogue.
  • Impliquez‑les dans les rendez‑vous médicaux : Si vous avez des inquiétudes pour l’équilibre psychologique de votre enfant, préparez‑le avant le rendez‑vous et laissez‑le s’exprimer auprès du ou de la médecin. Cela renforce leur confiance en eux et leur montre que leur parole compte.

Si votre enfant a reçu un diagnostic concernant la santé mentale, expliquez‑lui cela avec des mots simples. Dites‑lui ce que cela veut dire, ce que cela ne veut pas dire, et ce qui se passe après. Des enfants qui comprennent leur singularité gèrent mieux le quotidien et osent plus facilement demander de l’aide.

Par exemple, si votre enfant présente un TDAH, vous pourriez dire :

« Votre cerveau fonctionne très bien pour certaines choses et trouve d’autres aspects plus compliqués, comme rester assis longtemps ou se concentrer longtemps. C’est ce que l’on appelle le TDAH. Cela ne signifie pas que vous êtes méchant·e ou paresseux·se. On va chercher ensemble des astuces pour rendre le quotidien plus facile quand c’est compliqué. »

Qu’en est‑il d’aborder votre propre santé mentale avec votre enfant ? Les enfants perçoivent souvent plus de choses que ce que l’on croit. Si vous traversez une période difficile, une explication simple et adaptée à son âge est préférable au silence. « Aujourd’hui, je me sens triste et je vais prendre un peu de temps pour aller mieux » leur donne un cadre rassurant, sans les inquiéter.

Cela leur montre aussi que les émotions sont normales et que demander du soutien, c’est courageux.

Que faire si la conversation ne se passe pas comme prévu ?

Toutes les conversations autour de la santé mentale ne se passent pas toujours bien. Certaines personnes réagissent avec détachement. Certaines se sentent mal à l’aise et changent de sujet. Certaines ne trouvent vraiment pas les bons mots. La peur d’une mauvaise réaction est d’ailleurs l’une des principales raisons du silence autour de ces sujets.

C’est une crainte tout à fait légitime. Mais une conversation difficile ne ferme pas toutes les portes. Voici comment réagir :

  • Si votre manager ou un·e collègue réagit mal au travail, gardez une trace de ce que vous avez partagé et à quelle date. Si vous avez demandé un aménagement précis et que vous essuyez un refus sans explication, n’hésitez pas à solliciter les ressources humaines. Il n’est pas toujours utile d’agir tout de suite, mais avoir un suivi écrit vous protège si la situation évolue.
  • Si un·e ami·e minimise ce que vous partagez, laissez passer un peu de temps avant de tirer des conclusions. Certaines personnes ne savent pas comment réagir à chaud, mais reviennent différemment après réflexion. Si ce n’est pas le cas, cela vous aide à savoir vers qui vous tourner la prochaine fois.
  • Si un membre de votre famille ne vous croit pas, ne cherchez pas à le convaincre dans la même conversation. Partagez quelque chose de concret (depuis combien de temps vous ressentez cela, ou en quoi cela agit sur votre quotidien) et laissez la porte ouverte pour en reparler.
  • Si quelqu’un vous affirme que ce n’est pas si grave, cette réaction traduit davantage son inconfort que votre vécu. Rappelez‑vous qu’il existe toujours du soutien quel que soit l’avis d’une personne, et cherchez une autre oreille disponible.

Enfin, si une conversation se passe mal, n’hésitez pas à en avoir une nouvelle plus tard. La bonne réaction existe. Elle ne vient simplement pas toujours de la première personne à qui vous vous confiez.

Une conversation imparfaite vaut mieux que rien

Personne ne réussit parfaitement ce genre d’échange. Il arrive de manquer les bons mots, d’hésiter, d’en dire trop ou trop peu. C’est ce qui se passe souvent lorsqu’on ose, pour la première fois, mettre des mots sur quelque chose de difficile.

Ce qui compte, c’est que l’échange ait lieu. Une conversation maladroite, même imparfaite, avec une personne de confiance permet bien plus d’avancer, de rompre l’isolement et d’ouvrir à du soutien qu’un silence prolongé. Se montrer présent compte plus que de trouver la formule parfaite.

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Références

  1. Business Group on Health. (20 août 2024). 77 % des employeurs constatent une hausse des besoins en santé mentale au sein de leurs équipes, selon l’enquête 2024 sur la stratégie santé du Business Group on Health. https://www.businessgrouphealth.org/en/newsroom/news-and-press-releases/press-releases/2024-lehcss
  2. Society for Human Resource Management. (2024). 7 choses à savoir sur la santé mentale en entreprise aujourd’hui. https://www.shrm.org/topics-tools/news/benefits-compensation/what-to-know-about-the-state-of-workplace-mental-health
  3. Thornicroft, G., Sunkel, C., Aliev, A. A., Baker, S., Brohan, E., El Chammay, R., Davies, K., Demissie, M., Duncan, J., Fekadu, W., Gronholm, P. C., Guerrero, Z., Gurung, D., Habtamu, K., Hanlon, C., Heim, E., Henderson, C., Hijazi, Z., Hoffman, C., … Winkler, P. (2022). The Lancet Commission sur la fin de la stigmatisation et de la discrimination en santé mentale. The Lancet, 400(10361), 1438–1480. https://doi.org/10.1016/S0140-6736(22)01470-2
  4. Organisation mondiale de la Santé. (2 septembre 2025). Plus d’un milliard de personnes vivent avec une problématique de santé mentale : il est urgent de renforcer les services. https://www.who.int/news/item/02-09-2025-over-a-billion-people-living-with-mental-health-conditions-services-require-urgent-scale-up

FAQ : Parler de santé mentale

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